Octobre 2026 – Erreurs de jeunesse ?

Est-on comptable à vie devant la société de faits et gestes répréhensibles commis à l’âge de 18 ans ? Posons-nous la question alors qu’une conjonction d’actualités à fort retentissement : en France la mise en cause d’un acteur politique, Jordan Bardella, pour positions antisémites avérées par une enquête journalistique étayée, suscitant un plaidoyer en termes d’erreur de jeunesse opposé à l’essentialisation en termes d’ADN de l’accusation ; aux USA l’exécution programmée pour ce 30 septembre de Christa Pike, suspendue in extremis, condamnée il y a trente ans et depuis en attente d’entrée dans le couloir de la mort, pour un crime commis à l’âge de 18 ans et dont les avocats plaident que le procès est pris en défaut pour n’avoir pas pris en compte le profil psycho-social de la jeune criminelle.

L’excuse de minorité, minorité étant ici entendue au sens large, appartient à l’arsenal des mesures dont use la justice rendue au nom du peuple, précisément pour s’approcher le mieux possible d’un verdict fondé sur des analyses multifactorielles. A cette justice nous pouvons juxtaposer celle qui relève de la conscience individuelle qu’éveillera le souvenir jamais aboli de la faute grave comme vénielle, même accompagné de la compréhension des facteurs explicatifs du comportement fautif. Ainsi Joseph Kessel nous donne-t-il à entendre dans les deux premiers livres – Les temps sauvages et L’équipage – de l’atelier-lecture qui lui est consacré ce qui se joue dans le psychisme d’un très jeune homme faisant l’apprentissage dans le cadre d’un métier choisi et aimé des épreuves d’abord fragilisantes pour un ego bien assumé puis sources, une fois surmontées, de construction d’une personnalité qui ne se raconte pas d’histoires sur ses failles mais, parce qu’elles sont assumées, permettent de les dépasser. Il est troublant de savoir que Les temps sauvages portant sur la première mission d’aviateur du héros récurrent qu’est l’auteur ont été publiés en 1975, à la fin de sa carrière, et qu’ils témoignent encore une fois de ce combat essentiel pour être pleinement humain entre soi et soi.

Annie Blazy


Hermès Dernières – Octobre 2026

Atelier-Lecture du 12 octobre : « L’équipage », un récit d’apprentissage d’un métier, de la guerre et de l’amour.