Mars 2017 – De la parole poétique en Grèce et en Afrique

Dans le Dialogue sur la poésie francophone qu’il entretient avec les poètes Alain Bosquet, Pierre Emmanuel et Jean-Claude Renard, Léopold Sédar Senghor note que la poésie-vision dont ils partagent l’intuition essentielle s’enracine « dans la vieille tradition grecque, plus exactement méditerranéenne, où elle rencontre l’Afrique ». Nourri de sa double culture sénégalaise et française, le poète devenu président éprouve en esprit et en chair la consonance de ces paroles poétiques qui embrassent dans une même totalité l’homme et l’univers.

« Sur les bancs du lycée, me frappaient, déjà, certaines similitudes entre les civilisations grecque et négro-africaine, que met en relief l’Ecole de Dakar, singulièrement entre l’aoïdos grec et le griot soudano-sahélien, entre les mystères grecs et les cérémonies négro-africaines de l’initiation. C’est au cours de ces cérémonies, spectacle total d’intégration de l’homme dans le cosmos, d’identification de l’homme à Dieu, que le geste et la danse masquée, la parole et le chant acquièrent, dans la plénitude de leur réalisation, leur signification symbolique parce que leur force. Le poète, pour prendre cet exemple, se « convertissant » en Dieu par la force de sa parole, fait plus que reproduire le cosmos : par la force du verbe divin, mais aussi par sa maîtrise de la langue, il le re-crée. »

Alors que le thème national du Printemps des Poètes 2017 nous invite à célébrer les Afriques, nous sommes heureux de rendre hommage en ce mois de mars à la puissance poétique de Léopold Sédar Sengor et en juillet prochain à celle du Théâtre Demodocos qui travailla avec l’ethno-cinéaste Jean Rouch et donna Sophocle en terre africaine.

Annie Blazy