Novembre 2018 – Le bonheur, bien suprême ?

Alors que, selon Aristote, le bonheur, eudaimonia en grec ancien, serait le bien suprême, objet de la quête de chaque vie humaine, nombre de réflexions contemporaines dénoncent la tyrannie de l’injonction au bonheur et les pièges idéologiques qui la soutiennent.

C’est ainsi que dans « Happycratie » récemment publié, les sociologues Edgar Cabanas et Eva Illiouz interrogent les prétentions d’une autoproclamée « science du bonheur » : Le bonheur est-il cet objectif suprême que nous devrions tous nous efforcer d’atteindre ? Peut-être. Cela n’empêche en rien de garder une distance critique par rapport au discours tenu par les prosélytes de la science du bonheur. Ce livre n’est pas contre le bonheur mais contre la vision réductionniste – et pourtant désormais courante – de la « bonne vie » prêchée par cette science.

Convient-il alors de lire ou relire attentivement ces philosophes épicuriens, stoïciens, cyniques et autres tenants d’écoles antiques qui se prononçaient sur les contraintes et conditions d’une vie authentiquement bonne, avec la curiosité ou l’espoir d’un éclairage pertinent pour notre temps ? Entre préceptes du quotidien et spéculations sur la nature du monde, entre relation au divin et appréciation des plaisirs, peut-être pourrons-nous être « touchés » par une éthique qui se veut essentiellement un art de vivre.

Annie Blazy