Janvier-Février 2017 – Lieux de mémoire, Lieux de vie

Alix Barbet, référence première de la connaissance des peintures murales romaines, a consacré sa vie professionnelle à élaborer les outils conceptuels et technico-pratiques, inséparablement associés, qui nous permettent aujourd’hui de comprendre les images fragmentaires accessibles sur les sites archéologiques et les musées qui en assurent la conservation. Des lieux de fouilles aux lieux d’expositions en passant par les laboratoires de recherches sont ainsi assurées les conditions de la vie restituée aux images dont la beauté nous fascine et nous intrigue. L’archéologue témoigne de ce long, patient et tenace processus :

« Dès mon entrée au CNRS, j’ai créé puis développé une discipline nouvelle, totalement inconnue jusque là : l’étude, scientifique et technique des peintures murales romaines en Gaule puis dans l’ensemble des autres provinces de l’ex-Empire romain, en forgeant une méthode originale. Pour ce faire il fallait reconstituer le puzzle de milliers de fragments de peintures, mais aussi en étudier les mortiers, les pigments, les styles, et proposer ensuite des restitutions et des datations. Pour parvenir à rassembler toute la documentation nécessaire, il fallait fédérer des initiatives individuelles, donc créer une équipe universitaire, sensibiliser les bénévoles et des archéologues amateurs en les réunissant dans une association française, établir un réseau de recherches comprenant des géologues, des physiciens et des chimistes.

(…) Très vite nous avons attiré dans nos manifestations les chercheurs étrangers européens, d’où la création d’une association internationale dès 1987. Du fait de la difficulté à obtenir suffisamment de postes du CNRS, une structure originale associative liée au CNRS a permis de salarier une dizaine de jeunes archéologues et restaurateurs dans un centre installé à Soissons qui est devenu une référence internationale. En effet, l’originalité recherchée a été de garder les liens entre la découverte au cours de la fouille, l’étude et la restauration des peintures ainsi mises en valeur. Chaque année, le centre accueille de dix à seize stagiaires et boursiers venus de tous les pays.»

Alix Barbet ne nous donne-t-elle pas la clé de la réussite de ce travail fédérateur associant des peuples et des cultures multiples en précisant : « j’ai chaque fois utilisé comme ferment unificateur l’héritage gréco-romain commun » ? Lieux de mémoire, lieux de vie…

Annie Blazy

Prochainement vous trouverez en ouvrant le blog d’Annie B. un reportage sur nos lieux de mémoire, lieux de vie vaisonnais.